Santé mentale des enfants : comment elle les impacte ?

Garçon de 10 ans assis seul sur un banc dans un parc

Une hausse de 30 % des troubles anxieux chez les enfants a été observée en France entre 2019 et 2022, selon l’Inserm. Les établissements scolaires signalent une augmentation des consultations auprès des psychologues et infirmières scolaires, tandis que la demande d’accompagnement spécialisé dépasse largement les capacités des structures publiques.

L’impact de ces troubles ne se limite pas au bien-être émotionnel : performances scolaires, relations sociales et développement global se trouvent affectés. Face à ces constats, professionnels, familles et décideurs cherchent à comprendre les causes de cette évolution et à identifier les moyens d’y répondre efficacement.

La santé mentale des enfants, un enjeu souvent sous-estimé

En France, la santé mentale des enfants reste trop souvent reléguée au second plan des priorités publiques. L’Organisation mondiale de la santé la reconnaît pourtant comme un droit fondamental, mais ce principe a du mal à se traduire dans les faits. Les signaux d’alerte, eux, s’accumulent. Selon l’OMS, près de 20 % des consultations en santé globale concernent des troubles psychiques chez les enfants et les adolescents. Pour les professionnels, la santé mentale des plus jeunes ne se limite pas à un simple diagnostic : elle recouvre tout ce qui touche au bien-être psychique, à l’équilibre émotionnel, à la capacité de tisser des liens, d’apprendre, de se projeter dans l’avenir.

Le retard français en la matière saute aux yeux. Les moyens investis restent modestes comparés à ceux d’autres pays européens. Les files d’attente dans les centres médico-psychologiques s’étendent, et beaucoup de familles, désemparées, se heurtent à une offre de soins morcelée, parfois inadaptée. Selon les dernières études, un enfant sur huit souffre de troubles de santé mentale qui nécessiteraient une prise en charge spécifique.

Loin de se cantonner au domaine privé, la santé mentale des plus jeunes façonne leur quotidien. Difficultés à l’école, isolement, ruptures familiales ou sociales : chaque aspect de leur vie peut être touché. Pour nombre d’enfants et d’adolescents, c’est une réalité qui bouleverse leur routine et leur avenir. La société, quant à elle, détourne parfois le regard, laissant ces jeunes de côté, faute de moyens ou de mobilisation collective.

Voici quelques points qui cristallisent les enjeux actuels :

  • Santé mentale enfants : un véritable défi pour la santé et la cohésion sociale.
  • Faire du droit à la santé mentale une priorité partagée.
  • Intégrer le bien-être psychique dans les politiques éducatives et sociales.

Quels sont les facteurs qui influencent le bien-être psychique des plus jeunes ?

La santé mentale des enfants se construit dans un écosystème complexe. Plusieurs facteurs de risque et facteurs protecteurs entrent en jeu, parfois de façon insidieuse. Le milieu familial compte énormément : stabilité émotionnelle des adultes, qualité des liens, soutien affectif… Tout cela peut soit renforcer la résilience des enfants, soit la fragiliser. Les tensions à la maison, le manque d’écoute ou l’exposition à la violence favorisent l’apparition de difficultés, voire de troubles établis.

Le milieu social pèse également dans la balance. Accès à la culture, niveau d’éducation des parents, précarité, appartenance à une minorité ou situation de stigmatisation : chacun de ces éléments peut influencer la capacité d’un enfant à développer ses compétences psychosociales. Les enseignants, souvent premiers témoins, détectent les signaux d’alerte, repli, agitation, troubles de l’attention, mais se heurtent à des moyens insuffisants pour agir.

Le genre joue aussi un rôle, plus subtil. Les filles montrent davantage leur anxiété ou leur tristesse, tandis que les garçons présentent plus souvent des signes d’hyperactivité ou de troubles du comportement. Ces différences ne sont pas anecdotiques : elles modèlent la façon dont les difficultés s’expriment à l’école et dans la vie sociale.

Pour renforcer la santé mentale des enfants et des jeunes, certains leviers font la différence :

  • La présence d’un adulte qui inspire confiance, la valorisation des réussites, et la possibilité, pour l’enfant, de s’exprimer librement.

Crise sanitaire, isolement, bouleversements : comprendre les nouveaux défis

La crise sanitaire a bouleversé les repères, faisant émerger de nouveaux défis pour la santé mentale des enfants. Confinements, isolement social, interruptions scolaires… autant de facteurs qui ont plongé de nombreux jeunes dans un climat anxiogène. L’Organisation mondiale de la santé l’affirme : la fréquence des troubles psychiques chez les enfants et adolescents explose. Anxiété, dépression, repli, perte de motivation, et parfois même apparition de pensées suicidaires ou passages à l’acte.

Le retour à une vie “normale” ne va pas de soi. Certains enfants peinent à retrouver leurs repères et présentent des signes persistants :

  • manque de concentration, agitation, hyperactivité,
  • baisse des résultats scolaires, difficultés dans les relations avec les autres,
  • retards dans le développement ou aggravation de troubles déjà existants.

La peur d’être exclu, la stigmatisation ou la discrimination compliquent encore plus la reconstruction des liens sociaux. Les difficultés scolaires se creusent, laissant des traces durables sur le parcours des enfants concernés.

Les professionnels notent aussi un bond dans le nombre de diagnostics de TDAH (trouble du déficit de l’attention, avec ou sans hyperactivité), mais aussi dans la survenue de troubles anxieux et dépressifs. La santé physique n’est pas épargnée : sédentarité et troubles du sommeil gagnent du terrain. Beaucoup de familles cherchent des solutions, souvent sans succès immédiat. La santé mentale des jeunes et des enfants, rendue visible par la crise, met en lumière les failles de la prévention et de l’accompagnement sur le territoire.

Fille de 8 ans pensant assise à un bureau en classe

Des ressources et des pistes concrètes pour accompagner enfants et familles

L’appui de professionnels de santé constitue souvent la première démarche pour sortir de l’isolement. Pédopsychiatres, psychologues, médecins scolaires : chacun propose une écoute attentive et un accompagnement individualisé. Pourtant, le manque de places dans les structures publiques complique l’accès aux soins. Les files d’attente s’allongent, et Santé publique France insiste, chiffres à l’appui, sur la nécessité de renforcer les équipes et les moyens, partout sur le territoire.

Programmes de prévention et nouvelles approches

Certains dispositifs, comme le programme Improva mené dans les établissements scolaires, encouragent le développement des compétences psychosociales pour limiter l’apparition de troubles. Ces actions s’appuient sur des méthodes variées, du travail systémique à la théorie de l’attachement (John Bowlby, Mary Ainsworth), afin de soutenir la maturation affective et relationnelle des enfants.

Parmi les initiatives déployées, on retrouve :

  • Des groupes de parole réunissant élèves et parents
  • Des ateliers axés sur la gestion des émotions et le renforcement de la résilience
  • Des rencontres régulières entre professionnels, enseignants et familles pour un repérage précoce des difficultés

L’éducation nationale s’implique également, en coordination avec les acteurs médico-sociaux, pour identifier rapidement les situations à risque et orienter les enfants vers des structures adaptées. Préserver la santé mentale des plus jeunes exige une mobilisation collective, une action concertée entre prévention, accompagnement et respect des droits de chaque enfant.

La santé mentale, ce n’est pas seulement une affaire de spécialistes : c’est la base sur laquelle repose l’avenir d’une génération. La prise de conscience continue de grandir. Reste à passer du constat à l’action, pour que chaque enfant puisse construire son parcours sans que l’ombre du mal-être ne vienne effacer ses possibles.

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