L’avance américaine dans le calcul quantique ne garantit pas une domination durable. Pékin réplique avec une croissance budgétaire record et une centralisation des ressources, tandis que Bruxelles multiplie les programmes de coopération, malgré la dispersion de ses centres d’excellence. Les classements fluctuent au gré des annonces de percées, des investissements massifs et des restrictions à l’export.
La compétition ne se limite plus à la recherche fondamentale : chaque territoire ajuste ses lois, sécurise ses brevets et verrouille ses talents. Les alliances se nouent autant qu’elles se défont, sur fond de rivalités stratégiques et de course à l’indépendance technologique.
La course mondiale à l’ordinateur quantique : où en sont les grandes puissances ?
États-Unis, Chine et Europe se livrent une bataille sans merci, où chaque avancée compte. De part et d’autre de l’Atlantique et du Pacifique, l’heure est à la démesure des investissements et à la proclamation de records. À Washington, les géants de la tech, IBM, Google, Microsoft, Intel, dictent le tempo. Leur ambition : prendre l’avantage avec des architectures de qubits supraconducteurs ou de pièges à ions, attirer les meilleurs profils, multiplier les brevets et proposer des services en cloud quantique. Ce foisonnement privé, épaulé par les universités et les start-ups, fait de l’informatique quantique un enjeu de souveraineté et de puissance.
La Chine, elle, ne fait pas dans la demi-mesure. L’État injecte des fonds massifs, encourage ses entreprises phares comme China Telecom Quantum Group ou QuantumCTek, et mise sur la centralisation pour mieux accélérer. Pékin verrouille ses talents, annonce des processeurs toujours plus performants et affiche une volonté claire de souveraineté technologique.
Europe : coopération et écosystème dynamique
L’Union européenne trace une trajectoire singulière. Avec le programme Quantum Flagship, doté d’un milliard d’euros sur dix ans, Bruxelles mise sur la synergie entre pays, laboratoires et entreprises. La France se distingue en tant que moteur continental, portée par des acteurs comme Pasqal, Quandela, Alice & Bob, C12 Quantum Electronics ou Quobly. L’Europe ne manque pas d’audace : la récente annonce d’un processeur quantique cent fois plus performant que ceux de Google ou IBM donne le ton d’une ambition renouvelée.
Pour résumer les lignes de force de cette compétition, voici comment chaque région affirme sa stratégie :
- États-Unis : puissance des géants privés et foisonnement technologique
- Chine : centralisation étatique et montée rapide en capacité
- Europe : soutien public, collaboration transfrontalière, dynamisme des start-ups
Dans cette rivalité, attirer les meilleurs scientifiques, protéger les avancées et s’assurer une place dans l’écosystème quantique mondial sont devenus des priorités absolues.
Quels enjeux de souveraineté technologique face à la montée de l’intelligence artificielle ?
À l’heure où l’intelligence artificielle façonne l’avenir, la maîtrise du calcul quantique change la donne pour les États. Contrôler ces infrastructures, c’est tenir les rênes de l’innovation et pouvoir influer sur les usages de l’IA. Les machines quantiques, optimisées par l’IA, tissent une nouvelle toile d’interdépendance où chaque avancée technologique rebat les cartes du pouvoir.
La cybersécurité concentre toutes les tensions. Avec la perspective de casser les systèmes de chiffrement classiques, les ordinateurs quantiques imposent la cryptographie post-quantique comme priorité stratégique. La France y consacre 150 millions d’euros, l’Europe fait de la résilience des communications un axe central. Protéger les données, anticiper les risques : la sécurité nationale est désormais quantique.
Les retombées dépassent largement la sphère du numérique. Santé, finance, énergie : partout, l’accélération des calculs ouvre de nouveaux horizons. Quandela, par exemple, s’illustre déjà dans la logistique et la chimie en accélérant l’innovation grâce à ses technologies. Voici quelques enjeux clés sur lesquels les États concentrent leurs efforts :
- Autonomie industrielle
- Contrôle des infrastructures critiques
- Protection des données stratégiques
Former les experts, investir massivement, sécuriser chaque maillon de la chaîne technologique : voilà ce qui fait la différence. L’irruption de l’IA, appuyée sur la révolution quantique, redistribue les cartes du numérique mondial et recompose les rapports de dépendance.
Europe, États-Unis, Chine : stratégies divergentes et ambitions communes
La compétition internationale sur l’ordinateur quantique ne ressemble en rien à une course ordonnée. Les États-Unis, forts de leurs géants industriels, avancent sur plusieurs fronts : IBM poursuit la piste des qubits supraconducteurs, Microsoft développe les qubits topologiques, Google explore les architectures photoniques. L’annonce de la “suprématie quantique” par Google a marqué un tournant, mais l’écosystème reste éclaté, dynamique, porté par le capital-risque et la culture de partenariat public-privé.
En Chine, la démarche est radicalement différente. L’État pilote la stratégie, investissant lourdement dans ses champions nationaux et ses centres de recherche. China Telecom Quantum Group, QuantumCTek et les universités avancent de concert, privilégiant la maîtrise des chaînes de valeur et la sécurité des données. Pékin cherche à réduire sa vulnérabilité, tout en posant les jalons d’une indépendance durable.
Le pari européen repose sur la force du collectif. Le programme Quantum Flagship, fort de son milliard d’euros, connecte laboratoires, industriels et start-ups dans une dynamique de coopération. La France s’impose comme le pilier du continent, hébergeant des acteurs incontournables comme Pasqal, Quandela, Alice & Bob, C12 Quantum Electronics, Quobly. L’Europe se distingue aussi par la diversité de ses approches technologiques. Quelques axes majeurs se dégagent :
- Qubits photoniques
- Qubits à atomes neutres
- Qubits à ions piégés
- Qubits de spin en silicium
Ce foisonnement, soutenu par des financements publics et la mutualisation des compétences, vient d’aboutir à la mise au point d’un processeur quantique européen qui surpasse de cent fois les performances de ses concurrents américains. Alors que chaque pôle affine ses orientations technologiques, tous visent le même objectif : prendre la tête de la révolution quantique.
L’accélération de la recherche quantique en Europe, un tournant pour l’équilibre international ?
L’Union européenne passe à la vitesse supérieure. Grâce au programme Quantum Flagship, la coordination entre universités, laboratoires et industriels s’intensifie sur l’ensemble du continent. Cette dynamique s’incarne dans la montée en puissance de start-ups comme Pasqal ou Quandela, soutenues par des investisseurs tels que Bpifrance et Quantonation. Ces jeunes entreprises, désormais capables de rivaliser avec les géants américains, illustrent la vitalité du secteur.
La France joue un rôle moteur dans cette accélération. Les investissements publics irriguent toute la filière : formation, recherche, industrialisation. Paris-Saclay, l’École normale supérieure et leurs laboratoires forment une génération de scientifiques désormais courtisés à l’international. Cet écosystème, où se croisent atomes neutres, photoniques et qubits de spin en silicium, nourrit une dynamique d’innovation rare sur le continent.
Face à la puissance américaine et à la montée de la Chine, l’Europe affirme sa singularité, misant sur l’excellence académique, la coopération et la diversité des approches. Les récentes avancées, à l’image du processeur quantique européen surpassant largement ses rivaux, confirment la capacité du Vieux Continent à rattraper son retard. Avec ces progrès, la compétition mondiale se rééquilibre, et une question demeure : jusqu’où l’Europe saura-t-elle imposer sa vision dans la course quantique ?


